Elle ne répondit rien, se contenta de regarder cette adresse bizarre, écrite au crayon, d’une main inconnue.
Le facteur parti, elle déchira l’enveloppe. Aux premières lignes, dans ses yeux jeunes, une pitié passa pour ce garçon si beau dont l’amour l’avait flattée et qui, maintenant, était abîmé pour toujours.
Mais ce fut très bref : sous la lèvre rouge, une dent brilla, aiguë. Si elle sortirait ! Si elle irait à l’assemblée avec les autres ! Non, vraiment, il était trop bête… cela devenait risible.
Elle secoua sa tête brune hérissée de papillotes et murmura :
— Un de perdu… m’en faut trouver deux autres.
Et, comme à vingt ans elle avait déjà l’expérience des hommes, comme elle connaissait l’appât dont ils sont friands, elle se pencha sur le corsage faufilé et, en deux coups de ciseaux, elle ouvrit un V plus grand que celui du catalogue.
Aux Moulinettes, le malheur arrivé le jour de la batterie avait jeté de la tristesse sur tout le monde. Lorsque Madeleine donnait des nouvelles aux gens de l’endroit et aux voisins venus pour savoir, une grande commisération se devinait aux paroles échangées.
Boiseriot lui-même pâlissait à ces moments-là et, lui qui avait vu, ne consentait pas volontiers à raconter l’accident. Mais il était trop mauvais pour que son cœur fût net ; sa pitié n’était qu’un peloton de fil accroché à toutes les pointes d’un buisson d’épines. Peut-être éprouvait-il un vague remords ou, plutôt, la crainte d’avoir commis un péché trop grave qu’aucune pénitence n’effacerait ; en tous les cas, cela se mêlait à une vilaine joie de vengeance satisfaite.
Le médecin entretenait toujours l’espoir du blessé touchant la prime de la Compagnie d’assurances et la place qu’on lui donnerait après sa guérison.