— Je ne suis pas un gars de ville… Une ribote ne me met pas au lit, pas plus qu’elle ne change mes jours ouvriers… Vous saurez ça, Corbier !
— Je n’ai pas voulu te fâcher, excuse-moi.
— Il n’y a pas grosse offense. D’habitude, le lundi, je suis à mon service… Mais cette journée-ci est à moi. J’en ai mis quatre comme ça dans mon marché, à la disposition de ma mère : une avant l’hiver pour le bois, deux pour le jardin et l’autre pour les choses qu’on n’attend pas… le mic-mac enfin… sait-on !
— Je comprends, dit Corbier.
L’autre reprit, lancé :
— Ce matin, j’ai bêché depuis le petit jour… Ce n’est pas du travail de jardinier, mais la terre coule… Je bêche tout et je bêche profond… après, on n’a guère la peine de sarcler.
Corbier hocha la tête en guise d’approbation. Et l’autre continua :
— C’est comme ça… Madeleine est venue me trouver au jardin et m’a dit : viens m’aider !… J’ai pris ses paquets de hardes et je l’ai conduite par la route jusqu’en vue des Moulinettes. Après, je m’en suis retourné par la traverse parce que je n’aime pas être vu sur les chemins en temps d’ouvrage.
— D’accord ? fit Corbier.
— C’est d’amitié que je me suis dérangé… Madeleine n’avait pas grand besoin de mon aide… Ce n’est pas pour vous la vanter, Corbier, mais si l’on parlait de la force des femmes, il n’y en aurait pas beaucoup devant elle en ces côtés !… Maintenant, je m’en vais… Vous avez là un beau chantier… Salut !