Enfin, une après-midi vint, tout de même, où Boiseriot crut le gars fin prêt pour la besogne.

Ils avaient eu, ce jour-là, long travail et, à cause d’un jeûne, bien maigre soupe. Par-dessus le marché Michel avait tempêté contre Gédéon pendant le repas. Quand les deux valets furent revenus à leur chantier, devant une haie d’épines qu’il s’agissait d’abattre, le jeune, pour se soulager, prit à musiquer plus fort qu’à l’habitude.

Boiseriot le laissa aller et puis il parla à son tour. Rappelant toutes les choses, les gronderies du patron, la longueur du Carême, la mauvaise conduite des gens de la maison, il finit par rire :

— Écoute… ça vaut un charivari.

— Un charivari ? J’en suis, Bon Diou ! si vous en êtes !

Il avait dit cela, le jeune gars par bravade ; mais l’autre reprit tout de suite.

— Moi, non, ce n’est pas de mon âge.

Du coup, Gédéon, qui n’avait point l’esprit trop lent, se méfia.

Boiseriot continuait à voix basse et sans lever la tête.

— Moi, d’abord, je reste ici ; toi, tu t’en vas dans une dizaine de jours… Tu n’as qu’à dire ce qui se passe aux autres de ton âge ; ils viendront tous avec toi. C’est une belle occasion de s’amuser maintenant que voilà finie votre saison de veillées. Quand j’avais dix-huit ans, j’ai été d’un grand charivari. C’était à Chantepie, à la porte d’un cordonnier qui avait fait le coucou. A dix ou douze que nous étions, nous faisions, tous les soirs, autour de sa maison, un tapage du diable avec des chaudrons, des seaux, des casseroles percées… Si bien qu’il a été obligé de s’en aller du pays. Je n’ai jamais tant ri de ma vie… Tout le monde était pour nous. Et ce serait de même ici. Des choses pareilles, on ne doit pas les souffrir… et c’est à la jeunesse de les empêcher.