Sur la chaussée de l’étang, une femme appela :
— Fédéri !
Le petit en eut l’haleine coupée :
— Que le diable !… M’man !!
Les mères arrivaient en effet, portant des tartines, des blouses propres, des cravates, car les drôles s’étaient sauvés en grande hâte sans prendre le temps de manger et de faire fine plume.
Quand elles virent cette partie elles chantèrent les litanies en plein vent. Mais ce fut en vain ; les drôles, tant leur joie battait son plein, n’écoutèrent point la musique ; ils demeurèrent, décidés à ne rien savoir, résignés aux taloches.
Vers onze heures, les vrais promeneurs parurent.
Le premier fut un gros homme à figure rouge dont la venue ne causa aucune surprise. On l’appelait « la loutre ». Il courait toutes les pêches d’étangs, faisant des quatre lieues pour manger du poisson frais.
Mais, véritablement, il en mangeait ! Sa gourmandise était merveilleuse et les gens du pays en tiraient orgueil. Il restait à table six heures d’affilée, sans parler, sans tourner la tête, sans remuer seulement le bout des pieds, mangeant, mangeant, mangeant.
Beaucoup de curieux se mettaient en dépense pour s’asseoir en face de lui et le voir s’escrimer. Les gourmands ordinaires avaient beau se relayer, quand on mangeait du poisson, il en fatiguait quatre et cinq équipes.