Ne devançons pas les temps. Nous sommes arrivés à l'an 36 à peu près. Tibère, à Caprée, ne se doute guère de l'ennemi qui croît pour l'Empire. En deux ou trois années, la secte nouvelle avait fait des progrès surprenants. Elle comptait plusieurs milliers de fidèles[33]. Il était déjà facile de prévoir que ses conquêtes s'effectueraient surtout du côté des hellénistes et des prosélytes. Le groupe galiléen qui avait entendu le maître, tout en gardant sa primauté, était comme noyé sous un flot de nouveaux venus, parlant grec. On pressent déjà que le rôle principal appartiendra à ces derniers. A l'heure où nous sommes, aucun païen, c'est-à-dire aucun homme sans lien antérieur avec le judaïsme, n'est entré dans l'Église. Mais des prosélytes[34] y occupent des fonctions très-importantes. Le cercle de provenance des disciples s'est aussi fort élargi; ce n'est plus un simple petit collége de Palestiniens; on y compte des gens de Chypre, d'Antioche, de Cyrène[35], et en général de presque tous les points des côtes orientales de la Méditerranée où s'étaient établies des colonies juives. L'Égypte seule faisait défaut dans cette primitive Église et fera défaut longtemps encore. Les juifs de ce pays étaient presque en schisme avec la Judée. Ils vivaient de leur vie propre, supérieure à beaucoup d'égards à celle de la Palestine, et ils recevaient faiblement le contre-coup des mouvements religieux de Jérusalem.
[1] Voir les textes réunis et traduits par Eugène Burnouf, Introd. à l'hist. du buddhisme indien, I, p. 137 et suiv., surtout p. 198–199.
[2] Voir Vie de Jésus, p. 181 et 211.
[3] Act., ii, 45; iv, 34, 37; v, 1.
[4] Act., v, 1 et suiv.
[5] Ibid., ii, 45; iv, 35.
[6] Act., vi, 1 et suiv.
[7] Voir ci-dessus, p. 108.
[8] Act., xxi, 8.
[9] Phil., i, 1; I Tim., iii, 8 et suiv.