Le premier rôle, dans la persécution que nous venons de raconter, appartint à ce jeune Saül, que nous avons déjà trouvé contribuant, autant qu'il était en lui, au meurtre d'Étienne. Ce furieux, muni d'une permission des prêtres, entrait dans les maisons soupçonnées de renfermer des chrétiens, s'emparait violemment des hommes et des femmes, et les traînait en prison ou au tribunal[33]. Saül se vantait qu'aucun homme de sa génération n'était aussi zélé que lui pour les traditions[34]. souvent, il est vrai, la douceur, la résignation de ses victimes l'étonnait; il éprouvait comme un remords; il s'imaginait entendre ces femmes pieuses, espérant le royaume de Dieu, qu'il avait jetées en prison, lui dire pendant la nuit, d'une voix douce: «Pourquoi nous persécutes-tu?» Le sang d'Étienne, qui avait presque jailli sur lui, lui troublait parfois la vue. Bien des choses qu'il avait ouï dire de Jésus lui allaient au cœur. Cet être surhumain, dans sa vie éthérée, d'où il sortait quelquefois pour se révéler en de courtes apparitions, le hantait comme un spectre. Mais Saül repoussait avec horreur de telles pensées; il se confirmait avec une sorte de frénésie dans la foi à ses traditions, et il rêvait de nouvelles cruautés contre ceux qui les attaquaient. Son nom était devenu la terreur des fidèles; on craignait de sa part les violences les plus atroces, les perfidies les plus sanglantes[35].
[1] Act., iv, 6. Voir Vie de Jésus, p. 364 et suiv.
[2] Act., iv, 1–31; v, 17–41.
[3] Voir Vie de Jésus, p. 137.
[4] Act., v, 41.
[5] Ibid., iv, 5–6; v, 17. Comp. Jac., ii, 6.
[6] Γένος ἀρχιερατικόν, dans les Actes, l. c.; ἀρχιερεἵς, dans Josèphe, Ant., XX, viii, 8.
[7] Act., xv, 5; xxi, 20.
[8] Ajoutons que l'antipathie réciproque de Jésus et des pharisiens semble avoir été exagérée par les évangélistes synoptiques, peut-être à cause des événements qui amenèrent, lors de la grande guerre, la fuite des chrétiens au delà du Jourdain. On ne peut nier que Jacques, frère du Seigneur, ne soit presque un pharisien.
[9] Act., v, 34 et suiv. Voir Vie de Jésus, p. 220–221.