[12: Mes souvenirs se rapportent aux années 1842-1845. Je pense que depuis rien n'a changé.]
[13: Paris, 1609, in-12.]
[14: Première édition, 1839; deuxième édition, fort augmentée, 1845.]
[15: Un écrit qui représente mes idées philosophiques de cette époque, mon essai sur l'Origine du langage, publié pour la première fois dans la Liberté de penser (septembre et décembre 1848), marque bien la manière dont je concevais le tableau actuel de la nature vivante comme le résultat et le témoignage d'un développement historique très ancien.]
[16: J'allai dernièrement à la Bibliothèque nationale pour rafraîchir mes souvenirs sur le Comte de Valmont. En ayant été détourné, je priai M. Soury de parcourir pour moi l'ouvrage. J'étais curieux d'avoir son impression. Voici ce qu'il me répondit:
«J'ai bien tardé à vous faire connaître mon sentiment sur le Comte de Valmont, ou les Égarements de la raison. C'est qu'il m'a fallu des efforts presque héroïques pour l'achever. Non que cet ouvrage ne soit honnêtement pensé et assez bien écrit. Mais l'impression de mortel ennui qui se dégage de ces milliers de pages permet à peine d'être équitable pour cette œuvre édifiante de l'excellent abbé Gérard. On lui en veut d'être si ennuyeux. Vraiment, il eût pu l'être moins.
«Comme il arrive souvent, ce qu'il y a de meilleur en ce livre, ce sont les notes, c'est-à-dire une foule d'extraits et de morceaux choisis, tirés des écrivains célèbres des deux derniers siècles, surtout de Rousseau. Toutes ces «preuves», tous ces arguments apologétiques ruinent malheureusement l'œuvre de fond en comble, l'éloquence et la dialectique de Rousseau, de Diderot, d'Helvétius, d'Holbach, voire de Voltaire, différant très fort de celles de l'abbé Gérard. Il en est de même des raisons des libertins que réfute le marquis, père du comte de Valmont. Qu'il doit être dangereux de présenter avec tant de force les mauvaises doctrines! Elles ont une saveur qui rend fades et insipides les meilleures choses. Et ce sont celles-ci, les bonnes doctrines, qui remplissent les six ou sept volumes du Comte de Valmont! L'abbé Gérard ne voulait pas qu'on appelât ce livre un roman. De fait, il n'y a ni drame ni action dans ces interminables lettres du marquis, du comte et d'Émilie.
«Le comte de Valmont est un de ces incrédules qu'on doit souvent rencontrer dans le monde. Esprit faible, prétentieux et fat, incapable de penser et de réfléchir par lui-même, d'ailleurs ignorant et sans connaissances d'aucune sorte sur aucun sujet, il oppose à son malheureux père des foules de difficultés contre la morale, la religion et le christianisme en particulier, comme s'il avait le droit d'avoir une opinion sur des matières dont l'étude demande tant de lumières et consume tant d'années. Ce que ce pauvre garçon a de mieux à faire, c'est d'abjurer son inconduite, et il n'a garde d'y manquer presque à chaque tome.
«Le septième volume de l'édition de cet ouvrage, que j'ai sous les yeux, est intitulé: la Théorie du bonheur, ou l'Art de se rendre heureux mis à la portée de tous les hommes, faisant suite au Comte de Valmont. Paris, Bossange, 1801, 11e édition. C'est un autre livre, quoi qu'en dise l'éditeur, et j'avoue n'avoir pas été séduit par cet art d'être heureux mis ainsi à la portée de tout le monde.»]
[17: Ces vers sont d'Antonius, poète chrétien du IVe siècle.]