[1152] Voir ci-dessus, p. 402.
[1153] Matth., XXVII, 24-25.
[1154] Jean, XIX, 7.
[1155] Deutér., XIII, 1 et suiv.
[CHAPITRE XXV.]
MORT DE JÉSUS.
Bien que le motif réel de la mort de Jésus fût tout religieux, ses ennemis avaient réussi, au prétoire, à le présenter comme coupable de crime d'État; ils n'eussent pas obtenu du sceptique Pilate une condamnation pour cause d'hétérodoxie. Conséquents à cette idée, les prêtres firent demander pour Jésus, par la foule, le supplice de la croix. Ce supplice n'était pas juif d'origine; si la condamnation de Jésus eût été purement mosaïque, on lui eût appliqué la lapidation[1156]. La croix était un supplice romain, réservé pour les esclaves et pour les cas où l'on voulait ajouter à la mort l'aggravation de l'ignominie. En l'appliquant à Jésus, on le traitait comme les voleurs de grand chemin, les brigands, les bandits, ou comme ces ennemis de bas étage auxquels les Romains n'accordaient pas les honneurs de la mort par le glaive[1157]. C'était le chimérique «roi des Juifs,» non le dogmatiste hétérodoxe, que l'on punissait. Par suite de la même idée, l'exécution dut être abandonnée aux Romains. On sait que, chez les Romains, les soldats, comme ayant pour métier de tuer, faisaient l'office de bourreaux. Jésus fut donc livré à une cohorte de troupes auxiliaires, et tout l'odieux des supplices introduits par les mœurs cruelles des nouveaux conquérants se déroula pour lui. Il était environ midi[1158]. On le revêtit de ses habits qu'on lui avait ôtés pour la parade de la tribune, et comme la cohorte avait déjà en réserve deux voleurs qu'elle devait exécuter, on réunit les trois condamnés, et le cortège se mit en marche pour le lieu de l'exécution.
Ce lieu était un endroit nommé Golgotha, situé hors de Jérusalem, mais près des murs de la ville[1159]. Le nom de Golgotha signifie crâne; il correspond, ce semble, à notre mot Chaumont, et désignait probablement un tertre dénudé, ayant la forme d'un crâne chauve. On ne sait pas avec exactitude l'emplacement de ce tertre. Il était sûrement au nord ou au nord-ouest de la ville, dans la haute plaine inégale qui s'étend entre les murs et les deux vallées de Cédron et de Hinnom[1160], région assez vulgaire, attristée encore par les fâcheux détails du voisinage d'une grande cité. Il est difficile de placer le Golgotha à l'endroit précis où, depuis Constantin, la chrétienté tout entière l'a vénéré[1161]. Cet endroit est trop engagé dans l'intérieur de la ville, et on est porté à croire qu'à l'époque de Jésus il était compris dans l'enceinte des murs[1162].
Le condamné à la croix devait porter lui-même l'instrument de son supplice[1163]. Mais Jésus, plus faible de corps que ses deux compagnons, ne put porter la sienne. L'escouade rencontra un certain Simon de Cyrène, qui revenait de la campagne, et les soldats, avec les brusques procédés des garnisons étrangères, le forcèrent de porter l'arbre fatal. Peut-être usaient-ils en cela d'un droit de corvée reconnu, les Romains ne pouvant se charger eux-mêmes du bois infâme. Il semble que Simon fut plus tard de la communauté chrétienne. Ses deux fils, Alexandre et Rufus[1164], y étaient fort connus. Il raconta peut-être plus d'une circonstance dont il avait été témoin. Aucun disciple n'était à ce moment auprès de Jésus[1165].