L'union presque incestueuse[331] d'Antipas et d'Hérodiade s'accomplit alors. Les lois juives sur le mariage étaient sans cesse une pierre de scandale entre l'irréligieuse famille des Hérodes et les Juifs sévères[332]. Les membres de cette dynastie nombreuse et assez isolée étant réduits à se marier entre eux, il en résultait de fréquentes violations des empêchements établis par la Loi. Jean fut l'écho du sentiment général en blâmant énergiquement Antipas[333]. C'était plus qu'il n'en fallait pour décider celui-ci à donner suite à ses soupçons. Il fit arrêter le baptiste et donna ordre de l'enfermer dans la forteresse de Machéro, dont il s'était probablement emparé après le départ de la fille de Hâreth[334].

Plus timide que cruel, Antipas ne désirait pas le mettre à mort. Selon certains bruits, il craignait une sédition populaire[335]. Selon une autre version[336], il aurait pris plaisir à écouter le prisonnier, et ces entretiens l'auraient jeté dans de grandes perplexités. Ce qu'il y a de certain, c'est que la détention se prolongea et que Jean conserva du fond de sa prison une action étendue. Il correspondait avec ses disciples, et nous le retrouverons encore en rapport avec Jésus. Sa foi dans la prochaine venue du Messie ne fit que s'affermir; il suivait avec attention les mouvements du dehors, et cherchait à y découvrir les signes favorables à l'accomplissement des espérances dont il se nourrissait.

FOOTNOTES:

[270] Luc, I, 5; passage de l'évangile des Ébionim, conservé par Épiphane (Adv. hær., XXX, 13).

[271] Luc, I, 39. On a proposé, non sans vraisemblance, de voir dans «la ville de Juda» nommée en cet endroit de Luc la ville de Jutta (Josué, XV, 55; XXI, 16). Robinson (Biblical Researches, I, 494; II, 206) a retrouvé cette Jutta portant encore le même nom, à deux petites heures au sud d'Hébron.

[272] Luc, I, 15.

[273] Luc, I, 80.

[274] Matth., III, 4; Marc, I, 6; fragm. de l'évang. des Ébionim, dans Épiph., Adv. hær., XXX, 43.

[275] Malachie, III, 23-24 (IV, 5-6 selon la Vulg.); Ecclésiastique, XLVIII, 10; Matth., XVI, 14; XVII, 40 et suiv.; Marc, VI, 15; VIII, 28; IX, 10 et suiv.; Luc, IX, 8, 19; Jean, I, 21, 25.

[276] Le féroce Abdallah, pacha de Saint-Jean-d'Acre, pensa mourir de frayeur pour l'avoir vu en rêve, dressé debout sur sa montagne. Dans les tableaux des églises chrétiennes, on le voit entouré de têtes coupées; les musulmans ont peur de lui.