20. Coup d'œil sur le XXe siècle.—La ferme conviction en la vérité de la philosophie moniste qui perce dans tout mon livre sur les énigmes de l'univers, du commencement à la fin, se fonde tout d'abord sur les progrès merveilleux accomplis par la science naturelle au cours du xixe siècle. Mais elle nous invite également à jeter encore un regard plein d'espoir sur le XXe siècle qui commence à poser cette question. «Nous sentons-nous émus par l'essor d'un esprit nouveau et portons-nous en nous-mêmes le pressentiment sûr et le sentiment certain de quelque chose de supérieur et de meilleur?» Julius Hart dont l'Histoire de la littérature universelle (2 vol. Berlin 1894), a contribué beaucoup à éclairer en tous sens cette question importante, l'a récemment résolue avec esprit dans un nouvel ouvrage: «Zukunftsland. Im Kampf um eine Weltanschauung, 1er vol. Der Neue Gott. Ein Anblick auf das kommende Jahrhundert.» Pour moi, je réponds à la question incontestablement par l'affirmative, parce que je considère comme le plus grand progrès pouvant amener enfin à la solution des «énigmes de l'univers» l'établissement sûr de la loi de substance et de la doctrine évolutionniste qui y est inséparablement liée. Je ne méconnais pas le lourd fardeau que nous impose la perte douleureuse dont souffre l'humanité moderne en voyant disparaître les croyances régnantes et les espérances d'un avenir meilleur qui s'y rattachent. Mais je trouve une grande compensation dans le trésor inépuisable ouvert à nous par la conception unitaire du monde. Je suis fermement convaincu que le XXe siècle nous permettra pour la première fois de jouir prochainement de ces trésors intellectuels et nous conduira ainsi à la religion du vrai, du bien et du beau que Gœthe a si noblement conçue.


NOTES:

[1] Cf. E. Haeckel, Die Naturanschauung von Darwin, Gœthe und Lamarck. (Conférence faite à Eisenach, Iéna 1882.)

[2] L'auteur fait allusion ici, par cette expression d'escrime, à l'habitude des duels si répandue parmi les étudiants allemands, qui se font une gloire de leurs balafres.

[3] Cf. Shæffle; Bau und Leben des socialen körpers 1875.

[4] E. Haeckel: Systematische Phylogénie, 1895, Bd. III, S. 646 bis 650: Anthropogenie und Anthropismus (Anthropolâtrie signifie culte divin de l'être humain.)

[5] Durée de l'histoire organique de la terre, cf. ma conférence de Cambridge. «De l'état actuel de nos connaissances relativement à l'origine de l'homme». 1898.

[6] Sur l'induction et la déduction, cf. mon Histoire de la création naturelle (neuvième édition, 1898).