On croira peut-être que les sermons des prédicateurs espagnols, cités par M. de Saint-Gervais, sont inventés, exagérés, ou traduits malignement; mais veuillez vous rappeler les sermons des quatorzième et quinzième siècles, prêchés par les Menot, les Maillard, les Raullin et les Barlette: ce dernier surtout, né près de Naples, mérite notre attention: il présente des tableaux dignes tout au plus d’une comédie-parade, fait de petits contes dont maint auteur a profité.[4] Dans un sermon de la troisième semaine du carême, il dit que la Samaritaine reconnut J. C. à son habit, à sa barbe, et a sa circoncision. Voici une de ses maximes: Trois choses détruisent le monde: les médecins, les gens de loi, et les religieux. Il dit ailleurs: Mettez quatre femmes d’un côté, et dix hommes de l’autre; les quatre femmes feront plus de bruit par leur parlage que les dix hommes ensemble.
Il rapporte dans un autre sermon, qu’il s’éleva dans le ciel une dispute pour savoir qui irait annoncer à Marie la résurrection de son fils. C’est moi, dit Adam, que regarde le message: j’ai été la cause du mal, je dois être choisi pour annoncer le remède. Non pas, s’il vous plaît, répond J. C.: vous aimez trop les figues, et vous pourriez vous amuser en chemin. Abel se présenta après lui. Non vraiment, s’écria le Seigneur, si vous alliez rencontrer Caïn, il vous... Noé sollicita l’ambassade. — Vous buvez volontiers, et cela irait mal. Après lui saint Jean Baptiste se proposa. — Non, vous avez des vêtemens faits de poils, et cela ne nous ferait pas honneur. Le bon larron se mit sur les rangs. — Non, vous avez les cuisses brisées. Enfin un ange fut député, et commença par entonner le Regina cœli lætare.
Une inculpation très-grave, dont M. de Saint-Gervais aura de la peine à se justifier, c’est de s’être un peu aidé, dans son Voyage, des écrivains qui l’ont précédé, sans les nommer au bas de ses pages: mais la personne respectable de qui je tiens le manuscrit, m’a assuré que l’intention du chevalier était de les citer avec leurs noms et prénoms, à sa seconde édition, s’il en obtient les honneurs.
Je finis. Le père temporel des capucins[5] a dit qu’il ne faut pas ennuyer les gens que l’on aime: si cet ouvrage est marqué du sceau de l’approbation des athénées de l’empire, si les belles dames me lisent avec autant de plaisir et d’ardeur qu’elles lisent un roman nouveau et sentimental,
Sublimi feriam sidera vertice...[6]
E. F. Lantier
VOYAGE
EN ESPAGNE.