Et comme, dans notre langue, nous avons beaucoup plus de breves que de longues, pour ne pas surcharger l'écriture de signes inutiles, les voyelles qui ne porteront aucun signe, seront réputées breves.
On prévient les lecteurs qu'on n'a pas pu indiquer les différentes qualités de son, parce qu'on auroit hérissé les syllabes de signes embarassans. On doit se tenir pour averti que l'article les, et les pronoms, mes, tes, ses, doivent se prononcer, comme si l'e étoit marqué d'un accent grave, et que la conjonction et se prononce comme un e moyen, au lieu que le verbe est a le son très-ouvert.
LA ROSE ET LE BUISSON.
Sŭr să tǐge ĕpĭneūse, ūne rōse nāissānte,
Aīnsĭ qu'ūne beǎuté, jěune, vīve ĕt toŭchānte,
S'ēlĕvoĭt ă l'ăbrĭ d'ŭn bŭissŏn prŏtĕcteŭr,
Et dŭ sŏlĕil jămaīs n'ĕprŏuvŏit lă rĭgueŭr.
Ignoré, māis heŭreūx, ce bouton solitāire
Ouvroĭt son sein pourpré soūs l'ōmbre tŭtélaīre,
Impǎtient déjà d'étaler sa beǎuté:
Pourquoi me retiēns-tu dāns la captivité,
Dit l'arbǔste orguĕilleūx à l'enceīnte épineūse?
Jĕ doīs, rēine dēs fleūrs, ētre la plūs heŭreūse.
La fille du printēmps, condāmnēe aūx soupīrs,
Pāsseroĭt soūs ton joug la sāison dēs plaǐsirs!
Le buĭsson lui repart, d'un ton doūx, māis sévěre:
J'attendoīs de mēs soīns un plūs jǔste sălaīre.
Si le sŏleĭl brūlănt rĕspěcte tă frǎicheŭr,
Et si dēs aquilōns tu brǎves la fŭreŭr,
De mon zěle assidu, n'ēst-ce pās là l'ouvrǎge?
Et mēs bienfaīts pour toi sont payēs par l'outrǎge?
Rĕprĭme ton murmūre, arbǔste ingrat, crōis-moi;
Lēs heǔres du plǎisir n'ont pās sonné pour toi.
Souvent pour son mălheur, la jĕuněsse indocǐle
S'obstǐne à repŏussĕr l'ăppŭi le plūs ŭtǐle.
Le bel āge où tu vīs ēst celui du printēmps;
Māis s'il a sēs zēphīrs, il a sēs ouragāns.
L'orgueilleūx arbrisseǎu s'ăigrĭt de la censūre;
S'il se tăit par dépit, en secret il murmūre.
Lōrsque le villageois, qu'appěllent sēs travāux,
Vient dēs ǎrbres touffūs émonder lēs rameāux;
Il menǎce déjà le gardien fidělle;
ĕt la rōse sourĭt quand le buisson chancělle.
Il tǒmbe soūs lēs coūps de l'instrument fatal.
Le bouton au soleil oūvre un sein virginal.
Dāns leūrs chānts lēs oiseāux exprǐment leur hommǎge.
Lēs zéphīrs du mătin agǐtent son feuillǎge;
Le rōsier, dāns lēs aīrs, balancé mǒllĕmĕnt,
Répond au rossignol par son frémǐssement;
L'aŭrōre l'emběllit de sēs pěrles liquǐdes.
Māis, Dieu! cǒmme l'éclair lēs plǎisīrs sont rapǐdes;
La chenǐlle, de loin, voit la rēine dēs fleūrs,
Accourt, rǒnge sa tǐge, ĕt fǎne sēs couleūrs;
ĕt de l'ǎstre du jour la chaleur dévorānte
A déjà fait tomber sa tēte languissānte:
ělle réclǎme en vain, à son dernier moment;
De son fidělle ami le secoūrs bienfaisant.
ō toi, qui, par les soīns d'ǔne pruděnte měre,
Coǔles tes premiers āns soūs un joug salutaīre,
Défēnds, jeǔne beǎuté, le murmūre à ton cœur,
Et du bouton nāissant évǐte le mălheur.
NOTES
[ [1] On appelle régime un mot gouverné par un autre.
[ [2] On appelle verbe un mot qui lie le sujet à l'attribut, en affirmant que telle qualité convient ou ne convient pas au sujet. La terre est ronde. Les deux premiers mots forment le sujet; le mot est lie la qualité exprimée par le mot ronde. Tous les autres verbes renferment le verbe être.
[ [3] On appelle substantif un mot qui désigne le nom d'une substance réelle ou imaginaire.
[ [4] On nomme adjectif un mot ajouté au substantif pour en exprimer la qualité.