Cette lettre se prononce diversement. Elle a le son du cs, dans Alexandre; du gz, dans examen; de l's, dans Auxonne; du z, dans sixieme, deuxieme, etc. On ne doit pas la prononcer dans les mots eux, ceux, à moins qu'elle ne se lie avec une voyelle. Elle sonne comme un s à la fin de six, dix, si ces mots finissent le sens. Elle se fait entendre comme cs, dans phénix, préfix, Astianax.
[Y.]
Yeux. Cette expression donna lieu à un pari entre deux négocians. L'un deux soutint à l'autre qu'il n'étoit pas permis de dire, entre quatre zieux. Celui-ci prétendit que le dictionnaire de l'Académie autorisoit cette liaison pour la douceur du son. Il ouvrit le Vocabulaire, qui lui donna gain de cause. Le vaincu voulut prendre sa revanche aux dépens de quelqu'autre, et il alloit toujours répétant cette locution, en faisant une liaison défectueuse; enfin, elle fut relevée, et il renouvela son pari; mais le contestant s'y prit mieux que lui; il s'adressa à Urbain Domergue, qui décida que quatre n'étant jamais terminé par une s, on ne pouvait pas dire, entre quatre zieux; il ajouta qu'on ne prononçoit pas toujours toutes les lettres; mais qu'on ne faisoit jamais entendre celles qui n'étoient pas écrites. Il donna le désaveu de l'auteur du Dictionnaire, prétendu de l'Académie: et le négociant fut condamné pour avoir dit oui comme pour avoir dit non.
PRÉCIS
DES REGLES
DE LA PROSODIE.
Puisque la Prosodie est l'art de donner à chaque syllabe le son et la durée qui lui sont propres, la lecture et la prononciation en supposent la connaissance. La langue françoise a ses notes, comme le chant; avec cette différence; que les ports de voix et la durée des sons notés pour le musicien, ne le sont presque jamais pour le lecteur, et lors même que nos syllabes seroient notées, qu'elles auroient leurs diezes et leurs bémols, il seroit impossible d'exprimer par des signes la durée précise du son, la douceur et la légéreté que peut donner seul un exercice habituel. La durée d'une syllabe dépend quelquefois de sa position; l'abbé d'Olivet dit que par le mot Prosodie, on entend la maniere de prononcer chaque syllabe régulierement; c'est-à-dire, de lui donner un son grave ou aigu, bref ou long.
A, pris pour la premiere lettre de l'alphabet, est long et grave; dans tout autre cas, aigu. Cette voyelle, marquée d'un accent circonflexe, est toujours grave et longue, comme dans âge, râle, mânes, tâche, lâche, fâcher, lâcher, âpre; elle est souvent longue sans accent, comme dans sable, fable, rable, délabré, cadre, cable, accablement, sabre, flamme, condamner, damner; l's, l'x et le z, terminant un mot, rendent toujours longue cette voyelle, ainsi que les autres. D'après cette regle, la seconde personne des futurs et du passé défini, au singulier, sera longue, et la troisieme breve, tu chanteras, il chantera; tu aimas, il aima. Au commencement des mots l'a est ordinairement bref; il faut en excepter ceux que nous venons de citer. On le prononcera d'une maniere aigue et rapide dans apôtre, et toujours s'il est suivi d'une consonne redoublée, comme dans apprendre.
Quand une voyelle finit la syllabe, et qu'elle est suivie d'une autre voyelle, qui n'est pas l'e muet, la syllabe est breve, créé, haïr, féal, tué, doué; toute syllabe qui finit par une voyelle suivie de l'e muet, devient longue, comme pluīe, vraīe, haīe, vīe, joīe.
Quand un mot se termine par une l mouillée, la syllabe est breve, bétaĭl, détaĭl, avrĭl, vermeĭl, fauteuĭl.
La terminaison aille est ordinairement longue: paīlle, bataīlle, rimaīlle; excepté, il détaĭlle, il travaĭlle, il émaĭlle, médaĭlle.
La terminaison aillon est breve dans médaĭllon, détaĭllons, travaĭllons, et longue dans haīllon, baīllon, penaīllon, nous taīllons.