Console, éclaire et soutiens tes semblables: ton rôle a été marqué pur la place que tu occupes dans l'immensité de l'être vivant. Connais et suis les lois de l'homme; et tu aideras les autres hommes à les connaître, à les suivre. Considère, et montre leur le centre et la fin des choses: qu'ils voient la raison de ce qui les surprend, l'instabilité de ce qui les trouble, le néant de ce qui les entraîne.

Ne t'isole point de l'ensemble du monde; regarde toujours l'univers, et souviens toi de la justice. Tu auras rempli ta vie: tu auras fait ce qui est de l'homme.

LETTRE XXXIV.

(EXTRAIT DE DEUX LETTRES.)

Paris, 2 et 4 juin, III.

Les premiers acteurs vont quelquefois à Bordeaux, à Marseille, à Lyon; mais le spectacle n'est bon qu'à Paris. La tragédie et la vraie comédie exigent un ensemble trop difficile à trouver ailleurs. L'exécution des meilleures pièces devient indifférente, ou même ridicule, si elles ne sont pas jouées avec un talent qui approche de la perfection: un homme de goût n'y trouve aucun agrément lorsqu'il n'y peut pas applaudir à une imitation noble et exacte de l'expression naturelle. Pour les pièces dont le genre est le comique du second ordre, il peut suffire que l'acteur principal ait un vrai talent. Le burlesque n'exige pas le même accord, la même harmonie; il souffre plutôt des discordances, parce qu'il est fondé lui-même sur le sentiment délicat de quelques discordances: mais dans un sujet héroïque on ne peut supporter des fautes qui font rire le parterre.

Il est des spectateurs heureux qui n'ont pas besoin d'une grande vraisemblance: ils croyent toujours voir une chose réelle; et de quelque manière qu'on joue, c'est une nécessité qu'ils pleurent dès qu'il y a des soupirs ou un poignard. Mais ceux qui ne pleurent pas ne vont guères au spectacle pour entendre ce qu'ils pourraient lire chez eux: ils y vont pour voir comment on l'exprime, et pour comparer dans un même passage, le jeu de tel avec celui de tel autre.

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J'ai vu, à peu de jours de distance, le rôle difficile de Mahomet par les trois acteurs seuls capables de l'essayer. M... mal costumé, débitant ses tirades d'une manière trop animée, trop peu solennelle, et pressant surtout à l'excès la dernière, ne m'a fait plaisir que dans trois ou quatre passages où j'ai reconnu ce tragédien supérieur qu'on admire dans les rôles qui lui conviennent mieux.

S. joue bien ce rôle, il l'a bien étudié, il le raisonne assez bien; mais il est toujours acteur, et n'est point Mahomet.