A demain.
Examinez deux choses: si la religion n'est pas un des plus faibles moyens sur la classe qui reçoit ce qu'on appelle de l'éducation: et s'il n'est pas absurde qu'il ne soit donné de l'éducation qu'à la dixième partie des hommes.
Quand on a dit que le Stoïcien n'avait qu'une fausse vertu, parce qu'il ne prétendait pas à la vie éternelle, on a porté l'impudence du zèle à un excès rare.
C'est un exemple non moins curieux de l'absurdité où la fureur du dogme peut entraîner même un bon esprit, que ce mot du célèbre Tilotson: la véritable raison pour laquelle un homme est athée, c'est qu'il est méchant.
Je veux que les lois civiles se trouvent insuffisantes pour cette multitude que l'on ne forme pas, dont on ne s'inquiète pas, que l'on fait naître et qu'on abandonne au hasard des affections ineptes et des habitudes crapuleuse. Cela prouve seulement qu'il n'y a que misère et confusion sous le calme apparent des vastes Etats; que la politique, dans la véritable acception de ce mot, s'est absentée de notre terre où la diplomatie, où l'administration financière font des pays florissants pour les poèmes, et gagnent des victoires pour les gazettes.
Je ne veux point discuter une question compliquée: que l'histoire prononce! Mais n'est-il pas notoire que les terreurs de l'avenir ont retenu bien peu de gens disposés à n'être retenus par aucune autre chose. Pour le reste des hommes, il est des freins plus naturels, plus directs, et dès-lors plus puissants. Puisque l'homme avait reçu le sentiment de l'ordre, puisqu'il était dans sa nature, il fallait en rendre le besoin sensible à tous les individus. Il fût resté moins de scélérats que vos dogmes n'en laissent; et vous eussiez eu de moins tous ceux qu'ils font.
On dit que les premiers crimes mettent aussitôt dans le cœur le supplice du remords, et qu'ils y laissent pour toujours le trouble; et l'on dit qu'un athée, s'il est conséquent, doit voler son ami et assassiner son ennemi: c'est une des contradictions que je croyais voir dans les écrits des défenseurs de la foi. Mais il ne peut y en avoir, puisque les hommes qui écrivent sur des choses révellées n'auraient aucun prétexte qui excusât l'incertitude et les variations: ils en sont tellement éloignés, qu'ils n'en pardonnent pas même l'apparence à ces profanes qui annoncent avoir reçu en partage une raison faible et non inspirée, le doute et non l'infaillibilité.
Qu'importe, diront-ils encore, d'être content de soi-même si l'on ne croit pas à la vie future? Il importe au repos de celle-ci, laquelle est tout alors.
S'il n'y avait point d'immortalité, poursuivent-ils, qu'est-ce que l'homme vertueux aurait gagné à bien faire? Il y aurait gagné tout ce que l'homme vertueux estime, et perdu seulement ce que l'homme vertueux n'estime pas, c'est-à-dire ce que vos passions ambitionnent souvent malgré votre croyance.