[Quand Assuérus est seul, Esther entre, s'appuyant sur Élise.]

Assuérus. Sans mon ordre on porte ici ses pas!
Quel mortel insolent vient chercher le trépas?
Gardes.... C'est vous, Esther? Quoi! sans être attendue?

Esther. Mes filles, soutenez votre reine éperdue:
Je me meurs,
(Elle tombe évanouie.)

Assuérus. Dieux puissants! quelle étrange pâleur
De son teint tout-à-coup efface la couleur!
Esther, que craignez-vous? Suis-je pas votre frère?
Est-ce pour vous qu'est fait un ordre si sévère?
Vivez: le sceptre d'or, que vous tend cette main,
Pour vous de ma clémence est un gage certain.

[Esther revenant à elle, le roi la calme et la rassure. Il lui demande ensuite ce qu'il peut faire pour elle.]

Osez donc me répondre, et ne me cachez pas
Quel sujet important conduit ici vos pas.
Quel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressent?
Je vois qu'en m'écoutant vos yeux au ciel s'adressent.
Parlez: de vos désirs le succès est certain,
Si ce succès dépend d'une mortelle main.

Esther. Ô bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore!
Un intérêt pressant veut que je vous implore:
J'attends ou mon malheur ou ma félicité,
Et tout dépend, seigneur, de votre volonté.
Un mot de votre bouche, en terminant mes peines,
Peut rendre Esther heureuse entre toutes les reines.

Assuérus. Ah! que vous enflammez mon désir curieux!

Esther. Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux,
Si jamais à mes vœux vous fûtes favorable,
Permettez, avant tout, qu'Esther puisse à sa table
Recevoir aujourd'hui son souverain seigneur,
Et qu'Aman soit admis à cet excès d'honneur.
J'oserai devant lui rompre ce grand silence,
Et j'ai pour m'expliquer besoin de sa présence.

Assuérus. Dans quelle inquiétude, Esther, vous me jetez!
Toutefois qu'il soit fait comme vous souhaitez.
(À ceux de sa suite.)