Philaminte. J'ai pour les livres grecs un merveilleux respect.

Vadius. Je crains d'être fâcheux par l'ardeur qui m'engage
À vous rendre aujourd'hui, madame, mon hommage,
Et j'aurai pu troubler quelque docte entretien.

Philaminte. Monsieur, avec du grec on ne peut gâter rien.

Trissotin. Au reste, il fait merveille en vers ainsi qu'en prose,
Et pourrait, s'il voulait, vous montrer quelque chose.

Vadius. Le défaut des auteurs, dans leurs productions,
C'est d'en tyranniser les conversations,
D'être au Palais, au cours, aux ruelles, aux tables,
De leurs vers fatigants lecteurs infatigables.
Pour moi, je ne vois rien de plus sot, à mon sens,
Qu'un auteur qui partout va gueuser des encens,
Qui, des premiers venus saisissant les oreilles,
En fait le plus souvent les martyrs de ses veilles.
On ne m'a jamais vu ce fol entêtement,
Et d'un Grec là-dessus je suis le sentiment
Qui, par un dogme exprès, défend à tous les sages
L'indigne empressement de lire leurs ouvrages.
Voici de petits vers pour de jeunes amants
Sur quoi je voudrais bien avoir vos sentiments.

Trissotin. Vos vers ont des beautés que n'ont point tous les autres.

Vadius. Les Grâces et Vénus règnent dans tous les vôtres.

Trissotin. Vous avez le tour libre et le beau choix des mots.

Vadius. On voit partout chez vous l'ithos et le pathos.

Trissotin. Nous avons vu de vous des églogues d'un style
Qui passe en doux attraits Théocrite et Virgile.