Il ne faut point juger des gens sur l'apparence.
(Le Paysan du Danube.)

Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux.
(Philémon et Baucis.)

Boileau.
Né à Paris en 1636, mort en 1711.

Le XVIIe siècle est éminemment un siècle d'ordre, d'autorité et de discipline. Comme Louis XIV représente ces principes en politique, Boileau en est le représentant dans la littérature. Il y a eu des écrivains plus grands que lui, il n'y en a pas eu de plus utile. Les guerres du XVIe siècle n'avaient pas été favorables au bon ton et au bon goût; l'Italie et l'Espagne avaient tour à tour exercé une influence fâcheuse. Si quelques génies, Descartes, Pascal, Molière, avaient échappé à cette influence et étaient restés sains et vrais en dépit de la mode, la France était loin d'être guérie des mauvais effets des traditions étrangères. Il fallait une réaction délibérée. Il fallait arborer l'étendard du génie national, proclamer les principes de l'art français, et établir pour sa sauve-garde les règles de la raison et du bon goût.

C'est ce que fit Nicolas Boileau, surnommé Despréaux.[34]

Il a la gloire d'avoir plus que personne travaillé à l'éducation de l'esprit en France, d'avoir éclairé le public, de l'avoir aidé à goûter les vrais chefs-d'œuvre, à les apprécier et à en profiter.

Il composa d'abord des Satires, dans lesquelles il fit une guerre implacable aux mauvais écrivains; il écrivit ensuite des Épîtres, pleines d'esprit, de belles pensées et de beaux vers, et l'Art poétique, qui lui fit donner le surnom de législateur du Parnasse français. Si l'on y ajoute le poëme héroï-comique du Lutrin,[35] on a fait l'énumération à peu près complète de ses ouvrages.

Le roi, qui avait beaucoup de goût pour lui, le nomma son historiographe, et lui accorda une pension de deux mille livres. Grâce à cette libéralité, il s'acheta une petite maison à Auteuil.

Une fois installé là, il ne sortit plus guère de sa retraite, et n'y recevait que des amis.