En effet il n'a point composé de poëme qui le place parmi les grands génies créateurs; il ne produit pas les effets éblouissants d'une riche fantaisie; il ne touche guère. Pourtant à ceux qui lui contestent le don d'invention et l'imagination on peut dire: Lisez les quatre premiers chants du Lutrin, lisez tant de beaux vers où les tours les plus heureux et les plus charmantes images embellissent des sujets qui ne paraissent nullement susceptibles d'être embellis. À ceux qui doutent de son cœur on peut dire: S'il n'a pas eu le pouvoir de produire de fortes émotions, prenez-vous en aux genres qu'il a cultivés, et accordez du moins qu'à défaut de cette sensibilité qui se communique avec puissance, il avait celle qui s'attendrit et s'exalte en présence de ce qui est touchant et digne d'admiration.

Non, il n'a pas manqué de cœur, le poëte qui a dit:

"Pour me tirer des pleurs il faut que vous pleuriez."

et encore:

"Que votre âme et vos mœurs peintes dans vos ouvrages,
N'offrent jamais de vous que de nobles images."

et encore:

"Le vers se sent toujours des bassesses du cœur."

.....

Épître V.

À Monsieur Guilleragues, Secrétaire du Cabinet.