Henriette, non plus vêtue qu'une femme surprise en son lit, était étendue évanouie sur sa couche en désordre.

En une seconde, je devinai tout! Le misérable Tombeur-des-Crânes, usant de la violence, l'avait rendue victime du dernier outrage.

J'eus peur que la jeune fille, en reprenant ses sens qui lui ramèneraient le souvenir de son infortune, me trouvât devant elle. Pour lui éviter de rougir en ma présence, je quittai précipitamment la chambre et je redescendis en bas.

Pourquoi le Tombeur-des-Crânes était-il revenu rôder autour de la maison? Comment avait-il su attirer sur la route le malheureux Carambol, qui avait dû sortir de confiance, sans prendre son fusil que je voyais sur la table, près de la lumière?

J'étais là, immobile, cherchant à reconstituer le drame, quand, là-haut, la voix affaiblie de la jeune fille, revenue à elle, se fit entendre.

—Carambol! appelait-elle.

Un frisson me courut sur le corps. Elle ignorait donc le sort de son vieil ami? Allais-je avoir à le lui apprendre? A tout hasard, je répondis:

—Carambol n'est pas encore de retour, mademoiselle Henriette... Il m'a envoyé pour garder la maison quand, tout à l'heure, je l'ai rencontré en revenant, après avoir accompagné votre père... Voulez-vous que je monte?

Ignorant que, pendant son évanouissement, j'avais pénétré chez elle, la jeune fille, pour me cacher le désordre de sa chambre qui était résulté de la lutte, me répondit vivement:

—Non, ne montez pas. Je vous rejoins.