—Oui. Le médecin, qui aimerait mieux que le sommeil lui vînt naturellement, a commandé de ne prendre la drogue qu'en désespoir de cause. Seulement, par crainte que l'impatience ne lui fasse avaler trop vite la chose, il a défendu de la laisser à sa portée... Il faut qu'elle sonne pour se la faire apporter... Alors la femme de chambre, qui d'habitude la sert, lui fait ses observations s'il est trop tôt et la fait languir après son verre... Plus souvent que je la laisserai tirer la langue, moi, pendant la quinzaine que je vais remplacer la femme de chambre!... Plus tôt elle aura avalé sa potion, plus tôt je serai couchée.

—C'est le docteur qui prépare à l'avance cette potion? demandai-je.

—Avec ça que c'est difficile à préparer! ricana-t-elle. Un enfant de deux mois s'en tirerait, tant c'est simple!

Et elle me montra sur la commode une petite fiole et un compte-gouttes en ajoutant:

—Dix gouttes de ça dans un demi-verre d'eau.

—Oh! oh! fis-je, le compte-gouttes prouve qu'il est important de ne pas se tromper sur le nombre.

—Comme tu dis, il ne faudrait pas forcer la dose, car, alors, bigre de bigre!

—Qu'arriverait-il?

—Qu'elle dormirait si bien comme une souche qu'on pourrait lui faire faire une promenade à âne sans parvenir à la réveiller... Elle en aurait pour ses vingt-quatre heures à pioncer.

En été, l'aurore est hâtive. Je dus quitter Cydalise à trois heures du matin pour ne pas me laisser surprendre par le jour.