Le faussaire était un habile homme qui, au temps où il était greffier, s'était mis de côté une poire pour la soif en confectionnant une montagne d'actes, volés dans son greffe. A l'aide d'un procédé chimique, il lavait l'écriture de ces actes, en ne laissant subsister que les légalisation, enregistrement, timbre, visa, signatures des autorités, etc. Puis, sur la place blanchie, il vous troussait, au choix, un titre ou un acte qui se trouvait muni de tous les sacrements voulus.
Donc, Bédaric ayant tenu parole, un mois plus tard le Tombeur-des-Crânes était baron et l'heureux Camuflet, auquel le veuvage pesait lourdement, épousait en troisièmes noces la fille de noble dame Buffard des Palombes, veuve d'un général belge.
XII
Pour son début à vouloir chasser deux lièvres à la fois, ou plutôt deux mariages, Alfred le Tombeur-des-Crânes, devenu M. de Walhofer, avait fait buisson creux.—Quinze jours après son entrée en campagne, il avait vu disparaître subitement mademoiselle Grandvivier.
—Où est-elle? avait-il demandé à Cydalise qui continuait à lui rendre quotidiennement visite dans sa mansarde.
—Bien malin qui saurait le dire. Le père et la fille sont sortis un soir, bras dessus bras dessous, sans le plus mince paquet, comme pour une simple promenade... Puis le père est rentré tout seul.
—Il la cache dans un coin de Paris.
—Ou il l'a expédiée en province, comme il l'a dit. Car, à qui l'interroge sur sa fille, il répète qu'il l'a envoyée dans le midi, près de sa famille, pour rétablir sa santé un peu ébranlée... En quel endroit? Voici ce qu'il ne précise pas. Mais je ne tarderai pas à le savoir. La fille ne peut manquer d'écrire à son père et je connais son écriture. A sa première lettre qui arrivera, je regarderai le timbre du bureau de poste.
Huit, puis quinze jours s'étaient écoulés et Cydalise n'avait pu que répéter à Alfred son invariable phrase:
—Elle n'écrit pas!