—Demain, si j'ai eu la main heureuse, je te le porterai à ton galetas de la rue de Turenne.
—Il se peut que vous ne m'y trouviez pas.
—Alors, à deux heures précises, à notre rendez-vous des Tuileries, sous les marronniers.
Le lendemain, on le sait, le Tombeur-des-Crânes avait trouvé au poste assigné la Belle-Flamande qui ayant eu, suivant son expression, «la main heureuse», lui donna les dix mille francs volés.
Seulement, pleine de doute sur une réussite qui se faisait tant attendre, elle avait joint à la somme, pour mettre son fils en éveil, cette série de conseils qu'elle avait fini par résumer en ces deux mots répétés:
—Ça craque! ça craque!
Mis en méfiance par sa mère contre la franchise de son alliance avec sa Cydalise, le baron de Walhofer, après le départ de la Belle-Flamande, avait, à son tour, quitté les Tuileries, pour se diriger, sous prétexte de rendre sa visite de digestion du dîner reçu l'avant-veille, vers le domicile de M. Grandvivier.
Chemin faisant, il fut tout à ses réflexions sur ce que lui avait dit sa mère à propos de Cydalise. Alors lui revint à l'oreille, encore vibrante de la haine qui l'avait accentuée, cette promesse: «Je me vengerai!!!» faite par Cydalise sur le seuil de la chambre de mademoiselle Grandvivier. Avait-elle tenu cette promesse? Non, puisque huit jours plus tard, elle était venue, soumise et repentante, reprendre ce joug imposé par sa passion, qu'elle avait voulu secouer; joug qui la faisait si docile à accepter toutes les volontés de celui qu'elle aimait que, après bien des pleurs et une longue résistance, elle s'était résignée à favoriser le mariage de son amant avec sa jeune maîtresse.
Peut-être que le Tombeur-des-Crânes, s'il n'eût été pétri de l'immense vanité qui le guidait en tout, aurait dû se méfier du consentement de cette fille violente, audacieuse, implacable devant un affront. Mais dans la conduite de Cydalise rien n'avait cloché qui empêchât son amant de faire la roue et de se croire ville conquise.
Depuis que M. Grandvivier avait quitté sa demeure de la rue de Turenne pour venir habiter l'étage au-dessus de l'appartement de Fraimoulu, le moyen de voir sa maîtresse s'était fait plus difficile pour Alfred; mais, en toutes les occasions qu'il avait rencontrées, il avait trouvé Cydalise toujours à sa dévotion et semblant attendre avec impatience, pour lui prouver son dévouement à le servir, le retour de mademoiselle Grandvivier.