Mais la salle à manger était large. L'espace à franchir lui donnait un désavantage sur Alfred, placé au seuil de la cuisine. Au moment où La Godaille atteignait ce seuil, la porte venait d'être fermée et verrouillée intérieurement par le Tombeur-des-Crânes qui, poussant devant lui Cydalise, disparaissait à ses yeux.
—Fuyons! fuyons! répétait Cydalise affolée par la terreur, au bruit du craquement de la porte enfoncée par La Godaille dont la colère décuplait la force.
Oui, il fallait fuir devant cet ennemi qui, bientôt, aurait renversé l'obstacle s'opposant à sa poursuite.
Alors, tous deux, sortant par la porte de service, s'élancèrent dans l'escalier. Ils n'étaient encore qu'au palier de Fraimoulu quand le fracas de la porte enfin brisée par la Godaille leur annonça qu'il allait accourir sur leurs talons. Toute fuite leur était impossible. Nul temps ne leur restait pour prendre l'avance, surtout à cause de Cydalise pantelante d'effroi.
—Là! là! fit le Tombeur-des-Crânes en voyant la porte de la cuisine de Fraimoulu, laissée ouverte par Hilarion parti pour chercher son petit salé.
Il était temps. A peine Alfred avait-il refermé cette porte, que Cydalise tombait évanouie sur le carreau de la cuisine, pendant qu'au dehors, on entendait La Godaille descendant l'escalier à toute vitesse, en chasse de ceux qu'il croyait fuyant toujours devant lui et dont il venait de dépasser le refuge.
—Cours toujours! se dit Alfred.
Mais, après avoir échappé à un danger, il était tombé dans un autre. Il le comprit à un bruit de pas qui se dirigeaient vers la cuisine. C'était Gontran qui arrivait, expédié par Fraimoulu, lequel, ayant entendu la porte se refermer, croyait à la rentrée d'Hilarion avec son petit salé et s'impatientait de ne pas voir apparaître l'ex-valet du duc del Punaisiados et sa charcuterie.
Abandonnant donc Cydalise évanouie sur le carreau, le Tombeur-des-Crânes serait bien sorti, mais il risquait de rencontrer La Godaille qui, étonné de cette prompte disparition, n'allait pas manquer de revenir sur ses pas. Il lui fallait donc un refuge où il pût attendre que la patience de son poursuivant fût lassée et qu'il eût mis fin à ses recherches.
En un clin d'oeil, il se réfugia dans l'office de la cuisine et quand Gontran entra, Cydalise évanouie s'offrit seule aux regards du jeune architecte.