A cet aveu qui lui brisait le coeur, une seule pensée était venue au cerveau en fureur du père. Loin d'aller demander à la justice la punition du crime, c'est-à-dire d'apprendre à tous, par la publicité des débats, le malheur de sa fille, il avait résolu de se faire justice en tuant les deux coupables dont une seule parole pouvait perdre à tout jamais son enfant.

Et, pourtant, il avait paru, non pas pardonner, mais vouloir faire grâce à Cydalise quand il lui avait dit:

—Si vous me servez sans que rien puisse avertir votre complice, je vous épargnerai en laissant au ciel le soin de vous punir.

Mais, sous cette apparence de miséricorde, le père, implacable en son projet de faire disparaître les deux auteurs du déshonneur de sa fille, avait caché cette espérance sinistre:

—Je l'épargnerai, mais l'autre me débarrassera de sa complice.

On comprendra donc, de reste, de quelle joie soudaine Cydalise avait été saisie quand, tout à l'heure, son maître lui avait dit:

—Je vous avais promis que, le jour où je n'aurais plus besoin de vous, je vous rendrais votre liberté... Dès ce moment, vous êtes libre.

Or, si elle devenait libre, c'était que l'heure était venue où il n'allait pas faire bon pour le Tombeur-des-Crânes, et Cydalise tenait à avoir mis promptement le large entre elle et celui dont, par vengeance, elle avait amené la perte. Ce fut donc avec un empressement joyeux qu'elle demanda:

—Puis-je partir sur l'heure?

—La soirée est avancée; pourquoi pas demain matin? objecta le juge.