—Coupable... de quoi!

—Avec votre première leçon, vous m'avez donné la passion des cartes à ce point que je suis devenu un enragé joueur.

—Oh! joueur à deux sous, dit, en plaisantant, le baron. Aussi peu habile que vous êtes encore, il serait maladroit à vous de risquer plus forte somme.

L'amour-propre du juge parut se rebiffer.

—Cela vous plaît à dire, articula-t-il sèchement. Tous ces jeux, qu'on prétend si difficiles, dès qu'on en connaît les premières règles, ne sont qu'une affaire de hasard qui, souvent, déroute ceux qui se croient les plus malins.

—Euh! euh! je ne suis pas de votre avis, appuya ironiquement le baron.

—Bah! bah! lâcha le juge, je persiste dans mon dire. Tenez, je n'en suis qu'à ma première leçon et vous êtes passé maître. Eh bien! que la chance soit pour moi, je vous gagnerais, malgré mon inhabileté, jusqu'à votre dernier sou.

Cela avait été dit d'un ton si ridiculement assuré que le baron crut devoir le faire baisser d'un cran.

—Heureusement pour vous que je ne veux pas vous prendre au mot, gouailla-t-il, car, à mille francs la leçon, je vous prouverais que vous avez encore besoin de longues études.

—Mille francs! répéta le juge. J'ai fait aujourd'hui une bonne oeuvre: je ne sais ce qui me retient de me la faire rembourser par vous.