—Peut-on savoir, cher ami, quelle bonne oeuvre vous a coûté vingt mille francs? lâcha-t-il.
—Je ne vous l'ai pas dit? demanda M. Grandvivier étonné.
Alors, tout en rangeant ses cartes en sa main, il continua:
—Apprenez donc que Cydalise m'a quitté il y a deux heures. Je me suis fait un cas de conscience de ne pas laisser partir, les mains vides, cette fille dont la santé s'est délabrée à mon service. Je lui ai donné vingt mille francs... Demain matin, à la pointe du jour, elle doit filer pour la campagne...
Et se mettant à rire:
—Quant je dis «filer», c'est que c'est le vrai mot, appuya-t-il, car elle semblait avoir le feu à ses jupes, tant elle avait hâte de soustraire, elle et ses vingt mille francs, au mauvais drôle qui est son amant. C'est à ce point que, pour dépister ce ruffian, elle n'a pas même voulu passer sa dernière nuit ici... Elle est allée coucher dans une chambre qu'elle a en ville... du côté de la rue de Turenne, je crois. Demain elle sera loin et aura mis son magot hors de la portée des griffes du vaurien.
Sur ce, M. Grandvivier qui, tout en parlant, avait continué de jouer, abattit sa dernière carte en disant:
—J'ai encore gagné, mon pauvre baron. Vous en êtes de vos dix mille francs.
Le pauvre baron n'avait vu que du feu à cette partie qui achevait la rafle des dix jolis billets donnés par la Belle-Flamande.
Toute son attention était restée tendue au récit du magistrat. Au prix d'un immense effort, il avait dompté la fureur qui lui était montée au cerveau à la nouvelle de la fuite de Cydalise, de cette alliée qui l'abandonnait.