—Je ne manquerai pas de lui faire votre commission, promit Camuflet qui, après un double salut de tête aux deux autres assistants, gagna la porte et disparut.

Dans ce qui venait d'être dit, deux mots avaient sonné des mieux suspects à l'oreille du baron surpris. D'abord le nom de Ducanif avait éveillé son attention, puis le mot de «retour» l'avait alarmé.—Ducanif partait donc? Est-ce que Gustave et Héloïse, plus alertes que lui qui comptait avoir encore huit grands jours pour se retourner, allaient lui brûler la politesse en décampant sans le prévenir, pour entraîner Ducanif et s'assurer sa dépouille sans avoir à la partager avec un tiers maudit. Dans le cas actuel, c'était affaire d'arriver au bon moment pour étendre la main sur le portefeuille. Au plus petit retard, il risquait de ne plus trouver ses particuliers qui, après leur coup fait, auraient levé le pied avec les valeurs en poche.

—Sans ce Camuflet, j'étais floué, se dit Alfred.

Et, en pensant ainsi, il se croyait prévenu à temps. Demain, il leur tomberait sur le dos et leur arracherait les marrons qu'ils lui avaient tirés du feu.

Aussi fut-ce avec l'espérance de savoir par le juge le moment précis de ce départ du lendemain qu'en guise de plomb de sonde il posa cette question:

—M. Ducanif est donc à la veille d'un départ?

—Ah! tiens! oui, fit le magistrat, c'est vrai, vous connaissez M. Ducanif. Vous demeurez dans la même maison.

—Précisément. Mon appartement est au-dessous du sien.

Et, ramenant sa question sur le tapis, le Tombeur-des-Crânes continua:

—C'est pourquoi je m'étonne que M. Ducanif, qui me prend volontiers pour confident, soit, sans qu'il m'en ait rien dit, à la veille d'un départ.