Il y eut un petit temps d'arrêt avant l'attaque qui suffit au Tombeur-des-Crânes pour entendre cet avis gouailleur que, de la fenêtre de la masure, lui adressait Ducanif:
—Monsieur le baron, si vous aimez la lecture des vieux journaux, mon portefeuille, que vous emportez, en est rempli.
Un effroyable juron s'étouffa entre les lèvres du Tombeur-des-Crânes guettant l'arrivée sur lui des agents de police.
La partie n'était pas égale. Que pouvaient quatre agents contre un homme rompu à tous les exercices d'agilité, doué d'une merveilleuse souplesse? Alfred commença par piquer droit pour masser ses quatre ennemis à sa rencontre. Alors, faisant un brusque crochet, il fila sur sa gauche par le passage débouché, franchit la haie et, sur la berge, entama une course d'une telle rapidité qu'au bout de cent mètres ses poursuivants renonçaient à chasser plus loin un gaillard qui paraissait avoir des ailes aux talons.
Tout en fuyant, le Tombeur-des-Crânes faisait ses réflexions qui ne rappelaient en rien la joyeuse humeur qui le possédait lorsqu'il était remonté de la cave.
Ainsi il avait tué un homme pour un tas de vieux journaux. Et la police, qu'il venait d'éviter, allait se lancer sur ses traces.
Il fallait donc fuir, au plus vite, sur l'heure, gagner sans retard la frontière. Mais, pour fuir, besoin urgent lui était d'argent, et il n'avait pas le sou.
—Maudit soit le juge! gronda-t-il au souvenir des dix mille francs que lui avait raflés M. Grandvivier au jeu.
Mais, au nom du magistrat, un autre vint frapper son souvenir.
—Cydalise! fit-il. Elle a reçu vingt mille francs de son maître!