Comme Cydalise, dont la voix était à nouveau étranglée, ne répondait pas, il bondit sur elle et lui plongea son couteau dans la gorge.

La blessure était horrible. Le larynx tranché ne permettait plus aucun cri à la victime. Ses deux mains serrées autour de son cou, elle cherchait à arrêter le sang qui filtrait à travers ses doigts. Encore debout, adossée au bois de la tête de lit qui la soutenait, elle dardait ses yeux fous de douleur sur son amant.

Tout à coup elle le vit chanceler en étreignant son buste de ses mains convulsives, tout pantelant d'une torture effroyable.

Cette fois la souffrance revenait, non plus passagère, mais continue, intense, terrible; si épouvantable que le Tombeur-des-Crânes, après avoir vainement tenté de se retenir aux meubles, s'abattit sur les genoux.

Alors le souvenir lui revint de ce verre d'eau de groseille qu'il avait bu avec tant de plaisir à Billancourt, devant le cadavre de Ducanif, quand il était entré dans la maison.

Ne pouvant même plus se tenir sur les genoux, il roula de son long sur le plancher, en se disant avec une fanfaronnade cynique devant la mort qui arrivait:

—Pour une fois que j'ai bu du sirop de groseille... pas de chance!

Et il expira dans une dernière convulsion.

Cydalise, dont la vie s'échappait avec son sang, eut encore la force de se traîner jusqu'au cadavre de son amant. Comme le chien qui vient mourir sur le corps de son maître, elle s'étendit près du Tombeur-des-Crânes et, après avoir posé sa tête sur la poitrine du mort, elle retira de son cou ses deux mains qui comprimaient sa blessure.