—M. Grandvivier m'a fait, hier, l'honneur de m'accorder la main de sa fille.

Sur quoi Gontran répliqua:

—Alors nos mariages se feront en même temps, car, moi aussi, je me marie. J'épouse ma maîtresse, malgré l'opposition de mon oncle, bon et digne homme que j'aime de tout mon coeur et qui, après son premier mouvement de colère passé, sera tout heureux de nous recevoir chez lui; car, Henriette et moi, nous avons décidé de venir égayer sa vie un peu morne de célibataire et de l'entourer de nos soins.

Gontran s'interrompit pour rire avant d'ajouter:

—Sans compter que nous réaliserons un de ses rêves... lui qui va chercher si loin ce que nous lui amènerons sous la main, c'est-à-dire un cordon bleu qui lui fasse des petits plats... et Henriette y a la main... comme vous avez pu en juger ce soir, puisque c'est elle seule qui a cuisiné notre dîner.

En entendant ces mots, Fraimoulu, ahuri, regardait Henriette, bouche béante, yeux grand ouverts. Il arriva enfin à bégayer:

—Quoi! c'est vous qui...

—Qui suis la créature dévergondée.

—Et vous consentiriez, dans mon existence de garçon que la vieillesse attristera bientôt, à venir apporter votre jeunesse et votre gaieté?

Henriette jugea sa cause gagnée.