—Bien au contraire, répondit La Godaille, elles me bourdonnaient encore aux oreilles, mais toujours inintelligibles. Tant de faits s'étaient si rapidement succédé pour moi que j'étais bien excusable d'avoir perdu un sang-froid qui, du reste, dans cette solitude de ma chambre, commençait à me revenir.
D'un geste de main, Gontran, tout curieux, invita Frédéric Bazart à poursuivre.
—Oui, reprit La Godaille, ce coup de feu devait avoir été tiré sur Alfred. Il avait été probablement rôder autour de la demeure de Vernot qu'il accusait de lui avoir repris le chien blessé. Soit qu'il eût voulu recouvrer sa bête par ruse, soit qu'il eût tenté d'exécuter la vengeance qu'il couvait contre le brigadier, quelque tentative avortée lui avait indubitablement valu ce coup de fusil.
Alors, par un revirement de ma pensée, j'oubliai le beau blond et ma réflexion se rattacha au chien ou, pour mieux dire, à l'étrange conduite de mon oncle qui, après avoir voulu acheter dix mille francs à Alfred l'animal vivant, m'avait offert de me payer pareille somme si je tuais la bête retombée au pouvoir du brigadier.
Je comprenais bien le premier cas, persuadé que j'étais que mon oncle, pour se venger de l'aubergiste, achetait le moyen de faire pincer le contrebandier Trudent.
Mais faire tuer la bête, c'est-à-dire donner dix mille francs pour anéantir ce moyen de vengeance... Là, vrai, je ne comprenais plus!
Ce fut, précisément, en voulant m'expliquer cette contradiction que la lumière se fit soudain en mon esprit.
Je sursautai, en me disant tout ébaubi:
—Mais c'est mon oncle lui-même qui est ce contrebandier que cherche à découvrir Vernot!!! Des deux côtés, il voulait se tirer d'affaire... soit en rachetant son chien de tête à Alfred qui le faisait chanter... soit en supprimant par un coup de fusil, chez le brigadier, l'animal par lequel ce dernier se serait fait conduire au chenil.
Alors, à ce mot de chenil, les dernières paroles du Père aux écus me revinrent à la mémoire, mais, cette fois, parfaitement intelligibles.