A plat ventre, je me glissai dans ce tonneau au fond duquel la muraille percée donnait entrée dans une autre cave. Et elle n'était pas seule, car ce fut bien au loin qu'il me sembla entendre, très assourdi pourtant, le bruit de la meute enragée de faim.
L'habitation du Père aux écus, je vous l'ai déjà dit, n'était que le bien faible reste d'un vaste couvent qui avait été jadis démoli.
Mais ceux qui avaient renversé les bâtiments avaient ou oublié, ou, pour s'éviter la peine de remblayer, jugé inutile d'effondrer les caves situées sous les constructions renversées. Elles étaient donc restées en toute leur étendue et, après tant d'années écoulées qui avaient emporté ceux qui auraient pu s'en souvenir, mon oncle était resté seul à les connaître.
Après deux autres caveaux traversés, j'arrivai dans celui où des tonneaux étaient pleins d'abondantes provisions pour la nourriture des chiens.
Derrière la dernière porte qui me restait à ouvrir, j'entendais les rauques appels de la meute flairant qui leur apportait enfin à manger.
En une demi-heure, j'eus accompli ma tâche.
Quand je remontai de la cave, après avoir remis en l'état le tonneau qui m'avait livré le passage, le jour était arrivé.
Je me rendis d'abord dans ma chambre. Je bouleversai mon lit pour laisser croire que ma nuit avait été consacrée au sommeil, puis je revins chez mon oncle, où je trouvai la servante réveillée.
—Il n'a pas plus bougé que notre auge à cochons, m'annonça cette fille en parlant de son maître.
Je ne peux pas dire que j'avais grande affection pour ce parent que je ne connaissais pas encore quarante-huit heures auparavant. Mais en présence de cet homme que le mal rendait impuissant à se défendre contre le danger qui le menaçait, je fus pris du désir ardent de le sauver.