—A coup sûr, c'est bien sur un homme que mademoiselle Henriette a tiré cette nuit... Les traces que j'ai relevées sont incontestables. Le chenapan avait déjà franchi la haie du jardin quand votre fille a fait feu.

—Que venait ici chercher cet homme? demanda Vernot devenu rêveur. En admettant que ce fût un contrebandier qui voulait se venger de moi, il devait savoir que mon service m'appelle la nuit hors de chez moi.

Et, cherchant à se rassurer:

—Rien ne dit qu'au lieu d'un homme, Henriette n'a pas eu affaire à un animal malfaisant... un loup, par exemple, comme celui qui a été tué, il y a trois jours, par des habitants de Reiseck... Peut-être même était-ce un chien égaré de la meute qui, l'avant-dernière nuit, a franchi la frontière.

—Heu! heu! lâcha Carambol en secouant la tête d'un air de doute, nous avions, cette nuit, un trop beau clair de lune pour qu'on pût prendre un chien pour un homme.

La conversation des deux hommes venait de me fournir le biais que je cherchais pour parler du fameux chien de tête disparu. J'abondai donc dans le sens de Vernot en avançant:

—Qui sait si ce n'est pas ce chien de tête de meute dont vous parliez hier à mon oncle, monsieur Vernot, et que vous disiez avoir blessé à son passage? L'animal rôde sans doute dans le pays, sans avoir encore été recueilli.

—Oh! oh! recueilli, répéta Vernot avec ironie, il y a belle lurette que l'animal a été ramassé... et par un malin encore... qui le soigne dans un coin pour aller ensuite le revendre à son maître.

Il serra les poings avec rage.

—Non d'une pipe! jura-t-il, quand je pense que j'aurais pu mettre la main dessus!... Ce n'est pas moi qui l'aurais rendu à son propriétaire... ou plutôt, si; mais en lui rendant la bête je lui aurais bien gentiment mis la main au collet, à ce gueux qui me fait droguer depuis si longtemps.