Puis, à son tour, elle m'interrogea. Pourquoi avais-je quitté ma famille? Qu'étais-je venu faire en ce village perdu? Que savais-je faire.
Ma foi! je fus franc. J'avouai qu'en fait d'état je ne savais que baguenauder; que ma mère m'avait envoyé à Montrel pour me dépayser, pour me soustraire à ces mauvaises connaissances de bas étage parmi lesquelles j'avais déjà acquis une notoriété qui m'avait valu le sobriquet de La Godaille.
Après tous ces aveux, elle me regarda de ses deux grands yeux doux, pleins d'une anxiété qu'elle n'osait exprimer. Je compris sa pensée.
—Oui, La Godaille, repris-je, mais La Godaille qui n'a jamais eu une mauvaise action ni un fait d'improbité à se reprocher.
—Alors il faut toujours rester ce La Godaille-là, me dit-elle avec le sourire revenu sur ses lèvres.
Oh! oui, le bon et innocent bavardage! Ce qui me força de l'interrompre fut le souvenir de mon oncle que je délaissais sur son lit de souffrance.
—Courez vite près de votre malade! me dit Henriette en me congédiant, aussitôt que je lui eus appris le mal qui avait abattu le Père aux écus.
Je revins donc à la hâte chez mon oncle. Ce fut en entrant dans sa maison que je m'aperçus d'un oubli.
—J'ai laissé mon fusil chez Vernot, me dis-je.
A mon arrivée, je trouvai le médecin au chevet de son client.