—Oh! oh! fit-il d'un ton vibrant de colère contenue, il paraît que vous êtes mauvais joueur, mon garçon!... Eh bien! séance tenante, je vous offre votre revanche, soit au bâton, soit à tout autre joujou.
Avec un court rugissement de bête féroce qui sent sa proie à portée de ses griffes, Alfred bondit vers la table où étaient déposées les armes.
Il y prit, ou plutôt, il me parut y prendre au hasard deux fleurets dans le faisceau et en présenta un à Vernot en répondant:
—Alors, à ce joujou-ci.
—En garde!... Cette fois, ne m'épargne pas, gringalet! dit le brigadier sitôt qu'il eut l'arme en main.
Et, toujours sans plastron ni masque, il attaqua sur-le-champ le Tombeur-des-Crânes sans lui donner le temps de se déplastronner.
Je vous laisse à deviner si le public était ravi de ce supplément de représentation qu'on lui offrait gratis.
Sacrebleu! le bel assaut! Quelle ardeur! Si je n'avais pas su que les deux fleurets étaient mouchetés et garnis d'un tampon, j'aurais tremblé d'avance pour le premier qui allait recevoir le coup de bouton.
Un instant, je crus que Vernot avait étrenné. Je le vis sursauter brusquement et rompre d'un pas, mais ce devait être une feinte pour mieux prendre son élan, car il fondit sur son adversaire avec une telle force que, le bouton du fleuret venant se planter en plein milieu du plastron d'Alfred, l'arme ploya si fort qu'elle se rompit.
—Es-tu content cette fois? demanda alors le brigadier au Tombeur-des-Crânes.