—Oui, hier matin.
—Pour où? prononça l'amoureux avec une voix tremblante.
—Là-dessus, je ne saurais te renseigner, citoyen. Ce que je sais, c'est que Gervaise allait rejoindre son père.
—Rejoindre son père! répéta Vasseur avec un frémissement.
—Oui, il paraît que le citoyen Augé, qui avait empli son sac, s'est établi à l'autre bout de la France. Alors, comme il ne veut plus revenir en ces pays-ci, il a envoyé chercher sa fille.
Le lieutenant avait écouté, tout secoué par la terreur. Quel autre, connaissant le secret de Doublet, avait fait disparaître sa fille? Dans quel but? Gervaise n'avait-elle pas été entraînée dans quelque piège exécrable par un de ces complices de Doublet échappés à la justice?
Alors, avec un frisson d'épouvante, il pensa au Beau-François, ce Lovelace de filles publiques.
—Ah! reprit-il, le maquignon Augé a envoyé chercher sa fille!... Je devine par qui... Son dresseur de chevaux, n'est-ce pas? Un grand bel homme blond?
—Oh! non! pour ça, non! répliqua le paysan en riant; celui-là est bel homme comme je suis muet, et s'il a jamais dressé des animaux, ce ne doit être que des ours.
Vasseur avait respiré en apprenant qu'il ne s'agissait pas du Beau-François; mais les renseignements donnés avaient éveillé sa curiosité.