Quand il racontait la scène à ses clients, car le bavard imbécile ne savait rien cacher à qui voulait lui tirer les vers du nez, il ne manquait pas d'ajouter en se pavanant:

—Je sais le motif qui fait taire ma belle Léocadie sur ce sujet délicat.

—Quel motif?

—Son immense amour pour moi.

—Vraiment! s'écriait l'auditoire en retenant son rire.

—Oui. À n'en pas douter, Léocadie doit être,—ses manières distinguées la trahissent assez,—une ci-devant princesse que la révolution a privé de son titre. Son adoration pour moi veut, pour ne pas m'humilier, me laisser ignorer qu'elle m'a sacrifié ses illustres aïeux... Elle avait droit à habiter plus tard des palais dorés, mais, après m'avoir vu, elle a préféré l'humble toit de la Biche-Blanche.

Que pouvait-on répondre à une aussi épaisse bêtise? On s'en allait colportant partout, en riant, la cocasserie de l'épouse, ci-devant princesse, trahie par ses manières distinguées... manières qui rappelaient fort les harengères du marché du Mans.

Telle avait été la première phase de l'humeur de la citoyenne Léocadie, humeur enjouée, sans soucis, qui avait duré deux mois.

À cette époque où les journaux, fort rares dans les villes, étaient chose à peu près inconnue dans les campagnes, les nouvelles étaient colportées par les voyageurs; ce qui, tout naturellement, faisait que, dans les auberges, on était des premiers informés. Il arriva un jour que des rouliers qui avaient passé à Chartres racontèrent qu'il n'était bruit, en cette ville, que de l'évasion du Beau-François, le chef de la bande d'Orgères.

Et un de ces rouliers ajouta: