—Viens! viens donc! L'autre voiture approche. Il est inutile qu'on nous voie partir ensemble.
—Au revoir, la Saute! cria la voix menaçante de François, monté en voiture.
Comme le chariot recouvert du faux chouan disparaissait au loin, l'autre voiture s'arrêtait devant la Biche-Blanche.
C'était le Saucisson-à-Pattes qui revenait du marché du Mans.
Entre le départ d'une voiture et l'arrivée de l'autre, quelques minutes s'étaient écoulées qui avaient permis à Léocadie de se remettre de la double émotion causée par la disparition de son argent et les menaces du Beau-François.
—Est-ce lui qui m'a volé mon magot? se demanda-t-elle en regardant son époux qui, avec des Hein! et des Ouf! descendait péniblement sa massive personne de la carriole.
Quand, enfin, il sentit le sol ferme sous ses pieds, le Saucisson-à-Pattes, avec un sourire niais, geignit d'un ton désolé:
—Ah! mon doux ange, si tu savais comme je tombe de soif! J'ai la langue en bois depuis deux heures.
—Tu n'as donc pas bu au Mans?
À cette question, le gros homme ouvrit des yeux étonnés.