—Ce sera un malheur pour mon héritier, dit bien tranquillement Doublet.

De tous les francs (affiliés) de la bande d'Orgères, l'aubergiste Doublet avait été le premier. Chez lui se recélaient les plus grosses prises des Chauffeurs, qu'il allait vendre à Paris. Il était en quelque sorte le banquier des bandits. Grâce à la notoriété de son auberge, il était si bien coté à Chartres qu'il s'était glissé dans le conseil municipal. Par ses fonctions, il était à même, pour les cas pressants, de fournir à ses complices des papiers de circulation qui leur étaient nécessaires. Gagnant gros avec les Chauffeurs, l'hôtelier du Bon-Repos aurait dû s'en tenir là. Malheureusement, il avait voulu mettre la main à la pâte, et il avait été reconnu dans l'attaque de la ferme de Millouard.

Rusé, calme, gouailleur, Doublet était un gars, au moral, solidement trempé. L'échafaud qui l'attendait à cent mètres plus loin ne lui retirait rien de son sang-froid. La preuve en fut qu'il renoua de lui-même son entretien avec Vasseur.

—Vous voulez qu'il y ait une cachette dans ma maison? reprit-il.

—Oui, une cachette où peut se cacher un homme, insista le lieutenant.

—Dix hommes même, si ça vous fait plaisir. Moi, j'ai bon caractère et je n'aime pas contrarier le monde... Va donc pour la cachette!... Mais puisque vous avez le moyen de la découvrir en renversant la bicoque, voilà donc bien réglée la première des deux questions que vous deviez m'adresser. À présent, passons à la seconde. Pourvu que vous n'inventiez pas encore des choses qui n'existent point, je serai peut-être plus heureux à vous répondre.

Bien qu'il fût persuadé que, sur le second point, il allait encore échouer, Vasseur reprit:

—Quand le Beau François s'est évadé de l'infirmerie, le trou par lequel il a passé était si étroit, que force lui a été de laisser sa veste... Ce vêtement m'a été apporté et j'en ai visité les poches.

—Et vous avez trouvé sa pipe? fit niaisement le condamné.

—Entre la doublure et l'étoffe du collet, j'ai découvert un petit papier sur lequel, inscrits au crayon, se trouvaient une dizaine de mots inintelligibles pour moi... Peut-être n'en serait-il pas de même pour toi, si je te répétais ces mots.