Comme, inévitablement, il devait se trouver là un farceur qui, déjà, avait fait poser le grotesque crétin, il ne manquait pas de demander:
—Tu n'as donc pas été à Cormières, citoyen?
—Non... quoi faire?
—En pèlerinage... Il y a une pierre où vont s'asseoir tous les papas, après avoir donné leur offrande au capucin.
—Et quand on s'est assis?
—On obtient des fils, non seulement exemptés des moindres difformités, mais si solidement bâtis que, pendant toute leur existence, ils pissent à plus de six pieds devant eux!
Car ce pèlerinage, aujourd'hui oublié, existait encore en 1800, époque de notre récit. Pendant plus d'un demi-siècle, les pères crédules allèrent s'asseoir sur la pierre pour assurer à leurs rejetons la santé qui devait s'affirmer par une telle puissance de jet.
Pendant qu'il est question de ce pèlerinage, autant dire tout de suite ce qui le discrédita. Une belle nuit, un plaisant sceptique alla, non pas s'asseoir, mais s'accroupir sur la pierre. Bien que le genre de dépôt qu'il y laissa passe pour porter bonheur, aucun évêque n'ayant voulu venir, en grande pompe, purifier, par ses prières au Très-Haut, la pierre profanée, elle passa pour avoir perdu toute sa vertu (historique).
On comprend que sur la bêtise profonde de l'aubergiste de la Biche-Blanche, le pèlerinage de Cormières devait faire une impression sérieuse.
—Tu en es certain? demanda-t-il au conseilleur.