Avant que la Saute fût revenue de la surprise causée par ce changement d'humeur, le Beau-François reprit du même ton bon enfant:

—Allons, ma fille, n'aie plus peur. Je te tiens quitte de ces écus, mais à la condition que voici...

Il allait continuer quand, soudain, il se retourna au contact d'une main qui se posait lourdement sur son épaule. C'était celle du Marcassin qui, tout tranquille, débita de sa voix rauque:

—Veux-tu me faire un vrai plaisir, mon brave garçon?

Puis, immédiatement, avant toute réponse, il s'adressa à la Saute:

—D'abord, toi, la belle, va ouvrir la trappe de la cave, commanda-t-il.

Et quand Léocadie eut obéi, le Marcassin, en montrant l'ouverture béante, dit à François:

—Pendant dix minutes, va donc chercher dans la cave si j'y suis.

C'était net, clair, précis. Le Marcassin avait besoin de se débarrasser de la présence du Beau-François pour pouvoir faire sortir de la voiture son mystérieux contenu. Avec un adversaire tel que l'était le chef redoutable de l'ancienne bande d'Orgères, un autre y eût regardé à deux fois avant de lâcher son audacieuse injonction aux gens d'aller voir dans la cave s'il y était. Lui, le faux chouan, s'y prenait carrément, sans la plus mince hésitation, presque en bonhomme persuadé qu'on sera tout heureux de lui obéir.

À cette sorte d'ordre, le Beau-François s'était dressé de toute la hauteur de sa taille gigantesque, la raillerie aux lèvres, toisant d'un regard de mépris cet imprudent qui lui allait tout au plus au menton.