La seule réponse était qu'il avait voulu retirer au Marcassin le moyen de l'atteindre en sa fuite. Mais alors se présentait un autre pourquoi mystérieux. À quel propos, quand il y avait pour lui danger énorme à ne pas s'éloigner au plus vite, le Chauffeur avait-il dédaigné d'employer les chevaux qui l'auraient emporté au loin, lui et la jeune fille qu'il enlevait?
Car, pour Fil-à-Beurre, qui ignorait l'existence du pot plein d'or, la jeune fille était le seul empêchement qui dût embarrasser la fuite du bandit.
Et, dans ces conditions, il avait mieux aimé partir à pied. Il avait refusé le seul moyen de mettre l'espace entre lui et l'implacable ennemi qu'il allait avoir aux trousses.
Par eau, il n'avait pas eu la possibilité de s'éloigner. La Juliette était encore là et la barque de Pancrace n'avait pas disparu.
Donc le Chauffeur était bel et bien parti à pied.
Malgré la logique qui l'affirmait, Barnabé se répétait que ce n'était pas possible. Que la jeune fille l'eût suivi ou qu'il l'emportât évanouie, le Beau-François ne pouvait, de gaieté de cœur, s'être exposé à se laisser aussi facilement rejoindre par le Marcassin.
Enfin un soupçon vint à l'esprit de Barnabé.
—À moins, se dit-il, que le Beau-François, au lieu de fuir, soit resté près d'ici, caché en quelque coin, laissant le Marcassin toujours courir en avant.
Alors, en se rappelant qu'il avait annoncé à Vasseur qu'il l'attendrait sur le point de la route où, avant le Mans, il y aurait du neuf, le squelette alla se poster sur le seuil de la Biche-Blanche.
Dix minutes après, comme on l'a vu, arrivaient Vasseur et ses deux hommes. Il n'était pas à la gaieté, à propos de Gervaise, ce bon Fil-à-Beurre. Néanmoins, à la vue de Fichet, gourmé et plus sérieux qu'un âne, il ne put résister à l'idée de lui demander: