Fil-à-Beurre sentait qu'il y avait imprudence à répondre au lieutenant avant de l'avoir préparé à son récit.
Il fit donc d'une pierre deux coups en répliquant:
—Mon coup de fusil se lie à un incident de la nuit dernière, auquel il me faudrait remonter.
—Alors, remonte.
—C'est bien votre avis?
—Certainement.
—Eh bien, puisque je remonte, voulez-vous m'apprendre pourquoi certain lieutenant de votre connaissance m'a embrassé avec des transports de joie quand, après lui avoir conté comment j'avais connu certaine demoiselle Gervaise, j'ai ajouté que je savais où retrouver cette jeune fille qui, subitement, avait disparu de sa maison, au village de Mégin?
Ce disant, l'échalas regardait Vasseur avec un sourire si franc et si dévoué, que le lieutenant ne put résister à cet appel à sa confiance:
—J'adore Gervaise! avoua-t-il.
Et, avec ce besoin, commun à tous les amoureux, de parler de l'objet aimé, Vasseur conta tout. Comment il avait découvert Gervaise à l'aide du cheval de Doublet qu'il avait empoisonné ensuite pour qu'aucun autre ne pût faire cesser l'ignorance de la jeune fille sur son père. Par quelle ruse il s'était fait admettre dans la maison. Les efforts qu'il avait tentés pour soustraire Doublet à l'échafaud. Enfin, quel avait été son désespoir lorsque, venu pour voir une dernière fois Gervaise avant de se mettre en route à la chasse du Beau-François, il avait trouvé la maison inhabitée.