Et ledit malin ajouta:

—Tenez, j'ai une idée. Attelons le vieux cheval de Doublet à sa carriole, dans laquelle deux ou trois de nous monteront. Qu'on sorte de la ville par la porte coutumière à Doublet, et, alors, qu'on laisse la bride au cou du cheval... je parie que la bête nous conduira tout droit où tant de fois elle a eu l'habitude d'aller.

La proposition avait été acclamée et tout de suite on avait désigné le trio qui, le lendemain, tenterait l'expédition.

Seulement, ce lendemain, quand les trois élus étaient entrés dans l'écurie, ils avaient trouvé le cheval étendu mort sur sa litière.

On l'avait empoisonné pendant la nuit.

Lorsque les chercheurs du trésor de Doublet vinrent annoncer l'empoisonnement du cheval à Vasseur qui, la veille, avait assisté à la conférence où avait été émise l'idée d'utiliser l'instinct de l'animal en le laissant aller lui-même à l'endroit du pays qu'avait choisi l'aubergiste pour y cacher son argent, le lieutenant les tança vertement.

—C'est bien fait, leur dit-il. Un de vous, à coup sûr, aura bavardé de la chose depuis hier. La bande doit avoir encore en ville des affiliés qui ont échappé à ma chasse. Votre bavardage aura été entendu et on s'est hâté, cette nuit, de tuer le cheval.

Pourtant, après avoir congédié les autres, Vasseur avait retenu celui qui, la veille, avait trouvé le stratagème du cheval. Cet homme était un garçon d'une trentaine d'années, à la figure intelligente, mais long de cou, long de taille, long de jambes et de bras; bref, un de ces êtres dont on dit «qu'ils n'en finissent pas». De plus, il était aussi maigre qu'un clou.

—Tu m'as l'air d'un finaud, toi! lui dit le lieutenant.

Un pareil éloge de la part de Vasseur, dont toute la contrée proclamait alors le courage et l'énergie, valait son pesant d'or. Le maigre diable, à ce compliment, se redressa plus raide qu'une perche.