—Voici la tirelire où, de son vivant, Doublet enfermait ses écus. C'est le pot de salaisons dont je vous ai parlé, que le père de Gervaise tenait caché, dans la maison de Mégin, sous un tonneau d'avoine et où, certain soir, je l'ai entendu verser des louis.
—Trésor que le Marcassin, averti par Doublet, avait mission d'enlever en même temps qu'il emmenait Gervaise du village de Mégin, avança Vasseur.
—Ce qui a fait coup double à François quand, aujourd'hui, il a pris au Marcassin sa nièce et son or, continua Barnabé.
Et il se mit à branler la tête en ajoutant:
—Si le Beau-François persiste à rentrer dans son tas de louis, nous ne sommes pas près d'en avoir fini avec le maître drôle.
Croyant avoir raison de l'obstination de Vasseur, il le regarda en demandant:
—Laissez-moi donc lui offrir une balle?
—Non! appuya sèchement Vasseur; je veux que cet homme ait la tête tranchée.
C'était bel et bien de dire qu'on tenait à ce que le chef des Chauffeurs eût la tête tranchée; mais il fallait se trouver, au moins, dans une situation qui permît de voir, plus tard, cette espérance se réaliser. Pour le moment, la circonstance n'y prêtait guère.
En quittant la Saunerie pour aller s'emparer de la barque du Saucisson-à-Pattes, le Beau-François y avait laissé jeune fille et trésor qu'il comptait venir reprendre dès qu'il serait maître de l'embarcation. L'enlèvement de Gervaise, opéré pendant que le géant, après son plongeon, était encore sous l'eau, s'était si brusquement exécuté, que lorsqu'il était revenu sur l'eau pour reprendre son haleine, il avait vu Vasseur et les siens se précipiter vers la Saunerie. Comme, immédiatement, la masure avait été cernée par sa bande, le Beau-François était en droit de croire que la jeune fille était encore enfermée avec les quatre compagnons.