Le château avait bien été pillé, mais les constructions étaient restées debout et intactes; de sorte que ç'avait été affaire de meubles, envoyés d'Angers et de Nantes, pour la personne qui était venue habiter le castel, au bout de longues années d'abandon écoulées depuis le départ de son dernier maître.

C'est quinze jours après les événements de la Saunerie, précédemment racontés, que se passait, à la Brivière, la scène suivante entre deux jeunes femmes, l'une blonde, âgée d'environ dix-huit ans; l'autre brune, qui devait compter vingt-trois ans; mais toutes deux d'une beauté incontestable, quoique d'un genre tout différent.

La brune, renversée sur un fauteuil, position qui faisait saillir, sous un riche peignoir de mousseline des Indes, toutes les richesses de son buste, dominait la blonde qui, simplement vêtue de laine, était assise devant elle sur un tabouret bas.

Avec un sourire aimable et d'une voix douce qui sollicitait une confidence, la brune demandait:

—Voyons, mignonne, sois franche: tu as un amoureux?

—Non, madame, dit ingénument la jeune fille.

La dame, à cette réponse, leva un doigt et, d'un ton rieur qui semblait douter:

—Gervaise! Gervaise! fit-elle. Ton nez remue... preuve que tu n'es pas franche.

La jeune fille secoua négativement la tête.

—Comment? ma bellotte, vrai de vrai?... pas un petit amoureux... un amoureux timide qui, en rougissant, t'ait jamais dit combien tu es gentille? insista la dame.