—Voici mon acte de naissance, délivré jadis par la paroisse de Chalonne, et l'extrait mortuaire de mon père, mort à l'étranger en 1797.

Croutot prit les papiers et les parcourut des yeux en silence; puis il les remit à la comtesse, qui les présenta au collègue municipal en demandant:

—Voulez-vous en prendre aussi connaissance, Pipart?

Celui-ci appela sur ses lèvres son plus séduisant sourire et repoussa les actes en disant:

—D'abord, madame la comtesse, je vous reconnais trop bien. Vous êtes le portrait frappant de votre père... et puis, après la lecture que vient de faire de ces papiers mon collègue Croutot, j'aurais l'air de contrôler derrière lui. Je ne lui fais pas cette injure.

Tout radieux de l'importance que lui donnait Pipart, l'avorton reprit:

—Et tu es veuve, citoyenne?

—Veuve du comte de Méralec, qui m'a épousée en Autriche trois mois avant la mort de mon père, et qui s'est fait tuer l'an dernier à la défense du pont de Constance.

Croutot, à ces détails, fit une moue dédaigneuse.

—En combattant pour les Russes contre la France! mâcha-t-il d'une voix sévère.