Soit que madame de Méralec ne voulût pas paraître avoir compris l'inconvenance du lovelace de bas lieu, en se réservant de ne plus le recevoir, soit qu'elle eût remis à plus tard la leçon que méritait son impudente fatuité, elle saisit avec empressement l'occasion qui s'offrait d'amener la conversation sur une autre pente.

—Vous devez donc, cette nuit, affronter un danger, général? demanda-t-elle.

—Oh! oh, fit Labor se reprenant, je dis un danger sans en être bien certain, car les chenapans, dont je vais entreprendre la destruction, ne doivent avoir de courage que pour attaquer de pauvres diables sans défense... Néanmoins, je veux, comme on dit, tâter le fer de mon adversaire. Aussi me suis-je mis d'une expédition qui sera faite cette nuit... idée de me trouver en face des gredins en question, que je compte attirer dans un traquenard préparé depuis huit jours.

—Un traquenard? répéta la comtesse d'un ton curieux qui semblait demander des détails.

Labor comprit, et, tout souriant du prochain succès de sa ruse, il continua:

—Sachez donc que, depuis huit jours, j'ai fait propager le bruit que la recette de Nantes, arrivée à Ingrande où elle se grossit de celle de cette ville, devait partir cette nuit pour Angers. À coup sûr, les bandits vont aller s'embusquer au passage pour happer ce butin, qui dépasse quatre cent mille francs... Pour eux, malheureusement, le jeu ne vaudra pas la chandelle, car j'escorterai les voitures avec des forces échelonnées à distance, qui se concentreront au premier coup de feu... Les bandits, au lieu d'écus, ne récolteront que des coups de fusil.

—Qui sait? fit la comtesse avec une moue de doute.

—Vous croyez que le fameux Coupe-et-Tranche n'osera pas s'aventurer en cette circonstance?

Madame de Méralec se mit à rire.

—Si je ne craignais de vous offenser, général, je vous dirais que... commença-t-elle.