Malgré le sang qui les maculait, il était facile de reconnaître que les vêtements, fort simples pourtant et d'une coupe un peu en retard sur la mode, étaient d'étoffe de prix. Les bas étaient en soie et les chaussures, fines, de cuir souple, nullement déformées accusaient que la morte ne devait pas être grande marcheuse à pied.
—Mettez le corps à nu, commanda Meuzelin à l'aubergiste et à son valet.
Dépouillé de ses vêtements, le cadavre apparut beau de formes, aux chairs jeunes, à la gorge ferme, au ventre ne révélant pas que la morte eût été mère. Excepté les horribles blessures résultant des quatre coups de fusil qui avaient tué cette femme, le corps ne montrait aucune cicatrice ni signe qui dût servir à constater plus tard l'identité de la victime.
—Elle devait avoir de vingt à vingt-cinq ans, déclara Meuzelin, après un dernier regard jeté sur le cadavre.
Le lieutenant, Barnabé et Fichet assistaient, sans souffler mot, à l'examen du policier. Au dehors, devant l'auberge, s'entendait le murmure de la foule échangeant ses commentaires en attendant le moment où elle pourrait rentrer dans la salle.
Sur l'ordre de Meuzelin, l'aubergiste et le domestique cachèrent la nudité du corps en jetant dessus les vêtements dont il avait été dépouillé.
Alors Meuzelin se retourna vers le postillon Fourchu.
—C'est toi qui conduisais au moment de l'attaque, entre Angers et ce village? demanda-t-il.
—À preuve que j'y ai attrapé un vilain noyau, dit Fourchu en montrant son bras blessé... Voilà comment c'est arrivé: Ils étaient bien une trentaine; ils avaient barré la route avec deux grosses cordes tendues d'un côté à l'autre. Un de mes chevaux s'est abattu; alors ils ont fait feu sur la patrouille. C'est une des balles qui lui étaient destinées qui m'a percé le bras... La chute du cheval avait arrêté la voiture. Quatre gredins sont venus me mettre le pistolet sur le corps pendant qu'un cinquième me fouillait pour me prendre ma feuille de route...
—Sur laquelle étaient inscrits les noms de tes voyageurs?